KANANGA, RD Congo - Discipline et prime à l'efficacité sont les deux leviers qui ont permis aux hôpitaux publics du Kasaï occidental d'améliorer la qualité des soins
dans 13 des 17 zones de santé de cette province du sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC). A l'origine de ce changement rapide, figure notamment l'appui d'organisations locales et internationales. A Kananga, la principale ville du Kasaï occidental, comme à l'intérieur de la province, les habitants accèdent plus facilement aux soins de qualité depuis deux ans.Sur les 17 districts sanitaires que compte la province, 13 bénéficient d'un soutien d'organisations locales et internationales : 'Health Net', CORDAID, Caritas développement Kananga, et du financement du 9ème FED (Fonds européen de développement) de l'Union européenne...
Sur le terrain, cet appui consiste à installer des lits et à fournir du matériel médical et des médicaments essentiels. L’accent est également mis sur l’accueil des patients. "Quand je suis arrivé, je n'ai pas attendu plus de cinq minutes à la réception. Très vite et sans payer, j'ai été reçu en consultation par le médecin. C'était inimaginable dans cet hôpital (de Mikalayi) il y a deux ans!", déclare, enthousiaste, Nkongolo Bakajika, un habitant de Mikalayi. Pour le pasteur Dibelayi, les changements sont visibles à l'hôpital de référence de Kananga. "Avant, les infirmiers vendaient les médicaments aux malades. Aujourd'hui, tout le monde est obligé d’aller les acheter à la pharmacie avec l'ordonnance du médecin. La discipline est de rigueur et l’ordre rétabli", témoigne-t-il.
De son côté, l’abbé Bruno Kayeke a subi une opération à l’hôpital de Mikalayi où il a surtout apprécié la propreté, la distribution de moustiquaires et le dévouement des infirmiers qui veillent sur les malades opérés.En plus des aspects matériels, les patients profitent également d’une baisse des tarifs, qui favorise le retour des plus pauvres vers les centres de santé. Dr Brigitte Bakambamba, de l’hôpital de Mikalayi, rappelle que par le passé, ces derniers utilisaient des plantes médicinales pour se soigner, avec souvent des conséquences graves, pouvant aller jusqu’à la mort. Selon elle, si la médecine traditionnelle peut s’avérer efficace pour soigner une toux, il faut par contre un traitement médical adapté pour venir à bout de la malaria.
Pour rendre les soins accessibles à tous, un Fonds d’achat de service de santé (FASS) a été mis en place, et prend en charge jusqu’à 70 pour cent des dépenses de santé des malades démunis. Le FASS paie en outre 80 pour cent des salaires du personnel soignant dont il assure également la formation permanente. A l’hôpital de Bunkonde, du territoire de Dibaya, à 80 kilomètres de Kananga, Véronique Tshibola, infirmière directrice du nursing, est en première ligne pour apprécier l’impact du FASS. "Avant, des femmes et des enfants en bas âge mourraient de malnutrition, faute de soins et de nourriture riche en vitamine. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de les soigner", souligne-t-elle. Le FASS prend également en charge les interventions chirurgicales : pour 28.000 francs congolais (environ 30 dollars US), un patient peut se faire opérer d’une hernie et une femme accoucher par césarienne. Il y a quatre ans, il fallait débourser 100 dollars.
Dans un rapport d’octobre 2009, Dr Willy, directeur du BDOM/Caritas développement à Kananga, affirme que les indicateurs de fréquentation des services de soins curatifs et préventifs ont sensiblement augmenté entre 2007 et 2009. "La moyenne annuelle de fréquentation est passée de 20 à 70 pour cent de la population. Les femmes suivent les consultations prénatales jusqu’à l’accouchement, alors qu’avant, elles ne venaient pas, de peur de payer trop cher", indique-t-il. Par ailleurs, des primes de performance sont octroyées au personnel médical pour atteindre les objectifs fixés par les bailleurs de fonds : l’augmentation en quantité et en qualité des soins administrés, ainsi que la bonne gestion des soins, des médicaments, du personnel et du matériel. Par exemple, un médecin, dont le salaire est de 70 dollars par mois, peut recevoir jusqu’à 300 dollars de prime. Celle-ci est accordée à la suite du contrôle et de l’approbation des rapports des prestataires, explique Dr Calixte Katshi, assistant technique du projet. Ainsi, en guise de récompense pour les résultats atteints, l’hôpital de Kananga a reçu du 9ème FED un véhicule de fonction. "Nous cherchons à valoriser la capacité des gens à amener le changement positif dans leur vie", déclare Dr Franck De Paepe, chef d’antenne de CORDAID Kananga.